RAJASTHAN - 02 au 15 Mars 2011 |
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Cela fait déjà plus d’une semaine que nous sommes rentrés du Rajasthan et j’ai encore un peu de mal à mettre de l’ordre dans mon esprit pour faire le récit de ce voyage à la fois déroutant , dépaysant et extrêmement fatigant (en tout cas de mon point de vue). L’arrivée à Delhi, tard dans la soirée ne me laissait pas présager de ce que nous allions voir ou découvrir dés le lendemain en visitant la ville. Le nouvel aéroport « Indira Gandhi », encore en travaux, est ultra moderne. Décoré avec beaucoup de goût, d’une propreté irréprochable, il est le seul aéroport que je connaisse dont le sol soit recouvert de moquette. A la sortie de l’aéroport notre guide nous attendait. Surinder, d’origine Sikh, était facilement reconnaissable à son turban dont la couleur changeait, suivant son humeur, presque chaque jour durant notre séjour. Il parlait un français irréprochable et, ce qui est assez surprenant, connaissait beaucoup d’expressions familières de notre langue. Après une demi-heure de trajet en autocar nous sommes arrivés à l’hôtel. Il était déjà plus de minuit et nous étions pressés d’aller nous coucher. L’entrée de l’hôtel nous obligea à traverser un portique de détection de métaux (comme cela existe dans tous les aéroports). Cela a été le cas à l’entrée de tous nos hôtels et aussi à l’entrée de tous les sites touristiques que nous avons visité. Très souvent les services de sécurité, en général des militaires, utilisaient des miroirs pour inspecter le dessous des automobiles et des autocars. La frontière pakistanaise toute proche et les menaces d’attentats de Ben Laden étaient responsables de ces mesures de sécurité draconiennes. Une certaine animosité teintée de crainte vis-à-vis des musulmans était souvent perceptible tout au long du séjour dans les commentaires de notre guide. Les hindoues sont des gens très accueillant. Ils ont presque toujours le sourire aux lèvres et sont très tolérants et très respectueux des autres, notamment de leur croyance. Je ne pouvais pas en dire autant des musulmans. Tous ceux que nous avons croisés pendant notre séjour avaient tous la mine austère et l’air méprisant et ils semblaient peu enclins au dialogue. Je pense que le passé historique de l’Inde qui a subie de multiples invasions au fil des siècles a certainement laissé des traces indélébiles. Au Xème siècle les musulmans venant de Turquie ont envahi l’Inde. Ils ont démantelé la civilisation indienne classique sans toutefois réussir à convertir toute la population locale. Ils ont instauré la discrimination religieuse en imposant le paiement d’une taxe spéciale à ceux qui ne partageaient pas la foi de l’islam. Cette taxe ne sera abrogée qu’à la fin du XIVème siècle lorsque les empereurs Moghols ont reconquis l’Inde et que les descendants de Gengis Khan ont instaurés une politique plus tolérante. Plus récemment, la création en 1947 de deux états indépendants, la république de l’Union indienne et la république islamique du Pakistan qui a conduit au massacre de plus de 200 000 personnes dans les communautés religieuses ne peut pas laisser indifférent. Le lendemain de notre arrivée la visite des vieux quartiers de Dehli m’a beaucoup déçue et presque fait regretter d’avoir décidé de faire ce voyage. Les interminables embouteillages ponctués d’un tintamarre assourdissant de klaxon stridents et l’innommable saleté des rues, parfois vraiment repoussante en étaient principalement la cause, le manque d’hygiène des habitants aussi. Cela ne les dérangeaient pas de faire pipi devant tout le monde sur les tas d’immondices qui envahissaient souvent les rues ou les trottoirs. L’après midi a été consacré à la visite du « Fort Rouge » puis du Jama Masjid, la plus grande mosquée de tout le sous continent indien. Le lendemain, après le petit déjeuner, nous avons pris la route pour Shekhavati. Nous avons mis presque deux heures pour quitter Delhi tellement les embouteillages étaient importants. C’était un véritable imbroglio d’automobiles (la plupart de marque japonaise), d’autocars, de camions mais aussi de charrettes tirées par des chevaux ou des dromadaires. Des vaches sacrées, couchées sur le bord de la route, semblaient somnoler paisiblement dans le tintamarre assourdissant des klaxons. Il nous a fallu la matinée pour arriver à Shekhavati. Le trajet avait été très pénible car après les embrouillages de Delhi, le trajet s’était effectué dans un autocar peu confortable sur des routes parsemées d’innombrables trous et de dos d’ânes. C’était encore une raison supplémentaire pour regretter d’avoir voulu faire ce voyage, surtout en pensant que l’inconfort d’un trajet de 4 à 5h en autocar serait notre lot quotidien pendant toute la durée du séjour. Après le déjeuner la visite des Havélis s’avéra très relaxante après le stress et la fatigue de la matinée. Ces anciennes maisons de marchands étaient toutes d’une grande beauté. Leurs façades peintes de scènes de la vie racontaient la vie quotidienne de leurs occupants mais aussi les grands événements dont ils avaient été témoins. Dans la soirée, le diner dans les magnifiques jardins de l’hôtel avait été agrémenté d’un spectacle qui malheureusement n’avait offert que peu d’intérêt. Le lendemain, après le petit déjeuner, nous avons repris la route pour Bikaner, l’ancienne capitale princière du XVème siècle. Comme chaque jour, la matinée avait été presque exclusivement consacrée au trajet en autocar. L’après midi, la visite du Fort
Junnagardh avait été impressionnante. Le route que nous avons faite à
pieds jusqu’à l’entrée principale du fort que l’on nomme la Suraj Pol (la porte du Soleil) a été
assez fatigante. Jusqu’à l’entrée du fort nous étions dominés, comme écrasés,
par l’imposant rempart doté de 37 bastions qui s’étendait sur plus de 900
mètres. La promenade sur les magnifiques remparts crénelés m’avait permis
d’admirer la vallée du haut de cette citadelle imprenable qui avait joué un
grand rôle dans les guerres du désert. La journée se termina par une promenade à pied dans le marché local. C’était une véritable fourmilière dans laquelle se mêlait et s’entremêlait une véritable débauche de couleurs, de senteurs et d’odeurs mais aussi … de saleté. Le lendemain matin nous avons repris la route pour Manwar. Dans la matinée nous avons fait une courte halte à Deshnok. La visite de Deshnok, le « Temple des rats » a été pour moi une expérience très perturbante, sans doute à cause de la peur ancestrale que cet animal nous inspire. Après m’être déchaussé, j’ai gravi quelques marches avant de pénétrer dans le temple. Dans la pénombre, des centaines de rats « sacrés » se déplaçaient nonchalamment dans des alcôves qui leur étaient réservées. Bien nourris par les gardiens du temple ils semblaient me manifester peu d’intérêt et ils étaient assurément moins impressionnés que moi. J’avais beaucoup de mal à me concentrer sur la visite, en particulier sur les bas reliefs où je pouvais pourtant distinguer des sculptures magnifiques. J’avais la sensation désagréable d’être observé. Je réalisais alors que deux petits yeux perçants me regardaient dans la pénombre. Je ne pu m’empêcher d’avoir un mouvement de recul et un léger frisson parcouru ma colonne vertébrale. L’odeur acre était insoutenable. Elle avait beaucoup contribué à la sensation de malaise qui m’avait envahi dès que j’avais passé la porte du temple et j’avais hâte de quitter cet endroit. Une fois dehors je respirais une grande bouffée d’air frais pour évacuer le stress de la visite. Nous avons terminé la matinée par une courte promenade dans les quartiers commerçants. Les rickshaws, petits véhicules taxis motorisés à trois roues, y côtoyaient les vaches sacrées qui déambulaient nonchalamment entre les voitures et les autocars qui encombraient la rue. Une peau de banane, qui avait jaillie brusquement d’une fenêtre d’un autobus s’éleva un moment dans les airs avant de s’étaler sur la chaussée. Dans la rue, des porcs déambulaient en toute liberté se nourrissant des tas d’immondices qui par endroit recouvraient les trottoirs. Ensuite, nous avons repris la route en direction du désert du Thar pour Manwar Camp où nous avons passé une nuit sous la tente. D’un confort relativement rustique, notre tente était tout de même assez confortable. L ‘après midi avait été consacrée à un safari en jeep dans le désert du Thar, puis en fin d’après midi une promenade en dromadaire nous avait permis d’admirer le soleil se coucher sur les dunes. La promenade en dromadaire avait été assez chaotique car notre monture s’arrêtait très souvent pour déguster les rares végétaux qui s’étaient acclimatés à cet endroit semi désertique. A chaque fois cela nous faisait basculer vers l’avant de notre monture et il était parfois difficile de ne pas passer par-dessus bord. L’arrivée de la promenade avait été assez périlleuse lorsque l’animal s’agenouilla pour nous permettre de descendre. La sensation d’être projeté vers l’avant de l’animal avec la crainte de passer pardessus bord était assez désagréable. Apres un bref passage sous la douche dans notre tente suivi par quelques minutes de repos, un spectacle de danses et de chants du désert nous attendait avant le diner. La nuit était déjà tombée. Le ciel était constellé d’étoiles. J’étais assis sur des coussins, en face de la scène. Devant moi, une petite table basse contenait des rafraichissements. J’étais fasciné par la grâce et la sensualité des danseuses. Leur corps qui se déplaçaient au rythme de la musique paraissaient presqu’irréels sous la lumière blafarde de la pleine lune. Les flammes vacillantes des feux de camp donnaient des reflets chatoyants à leurs saris multicolores. Tel un spectacle des « Mille et une nuits », tout semblait magique, fantasmagorique. Cette atmosphère était vraiment propice aux fantasmes et à la rêverie. Apres le diner nous avons rejoint notre tente pour y passer une nuit de repos bien méritée. Les flammes vacillantes des feux de camp qui balisaient le chemin donnaient à nos tentes un aspect presqu‘irréel. Je ne pouvais pas m’empêcher de penser aux soirées de « confessionnal » devant le feu de camp de « L’Ile de la tentation », l’émission de téléréalité bien connue. La soirée s’était terminée dans un climat très sensuel presque érotique. En tout cas c’était la sensation que cela m’avait donné ce soir-là. Apres une courte visite à pieds d’UDAIPUR dans la matinée nous avons repris la route pour l’aéroport à destination de Jaipur, capitale de l’état du Rajasthan. L’organisation du transfert en avion avait fait preuve d’une efficacité redoutable. À peine étions-nous descendus de l’autocar que nos bagages étaient déjà déchargés. Quelques minutes après, nos cartes d’embarquement en mains, les bagages étaient déjà prêts à être enregistrées. Le trajet en avion avait été très court (une heure) et surtout beaucoup moins fatigant qu’en autocar. Après la visite du village artisanal de Sanganer, réputé pour sa poterie bleue, nous nous sommes dirigés vers un cinéma pour une soirée Bollywood. Le hall du cinéma était vieillot mais très spacieux et joliment décoré. Le film, en version originale non sous-titré, était très long et nous avons profité de l’entracte pour nous éclipser pour aller diner et rentrer à l’hôtel. Le lendemain, tout de suite après le petit déjeuner nous sommes partis pour Amber qui avait été la résidence des Maharadjahs dans le temps des Moghols. La montée vers les remparts du Fort d’Amber à dos d’éléphant avait été l’occasion de laisser divaguer mon imagination. J’avais l’impression de remonter le temps. J’étais à l’époque des Maharadjahs. Le calme balancement de mon imposante monture, qui se déplaçait entre les murs fortifiés du fort à une allure nonchalante sur le chemin recouvert de pavés, me permettait, tout en admirant la vallée, de laisser libre cours à mon imagination. J’imaginais le faste extraordinaire des Maharadjahs à cette époque et l’effervescence des soldats de la garnison, qui puissamment armés avaient défendu leur seigneur contre les invasions. Sur les murs fortifiés, les canons pointés sur la vallée en contrebas, semblaient faire peser une lourde menace aux envahisseurs. La noria des éléphants qui dans un ballet incessant déversaient inlassablement leur chargement humain dans le Fort d’Amber était presque enivrante. Le séjour s’était terminé par la visite de la ville d’Agra et du pays des Grands Moghols. Il aurait été inconvenable, en effet, de quitter le Rajasthan sans visiter le Taj Mahal, ce lieu mythique qui est considéré comme une des merveilles du monde. Le départ en Tonga, petite calèche tirée par un cheval, pour le Taj Mahal aurait pu être un épisode romantique (où à défaut romanesque) de notre séjour avant de quitter le Rajasthan. La triste vie du pauvre petit cheval dont le dur labeur quotidien était de transporter inlassablement son chargement de touristes faisait peine à voir et cela avait un peu gâché le plaisir de cette promenade en calèche. Après chaque arrêt, le démarrage de notre calèche, était ponctué par une ruade de notre petit cheval dont la maigreur faisait peine à voir. A chaque fois, le bruit sec des sabots heurtant le bâti de la calèche était suivi par le claquement sec du fouet, manié prestement par notre cocher, sur les flans de l’animal. Les contrôles de sécurité avant la visite du « Taj Mahal » étaient encore plus
draconiens que ceux effectués à l’aéroport. Pratiquement tout était interdit
excepté un porte-monnaie, un appareil photo et un téléphone portable. La
fouille au corps faite par les militaires, était parfaitement méthodique. La
découverte d’un objet douteux provoquait un interrogatoire circonstancié. Une fois passée la monumentale porte en grés rouge qui fermait les jardins du Taj MAHAL, le spectacle qui s’étendait devant moi était d’une indescriptible beauté. Cela dépassait de loin ce que j’avais imaginé. Tel un joyau de marbre blanc incrusté de pierres semi-précieuses et recouvert de versets du coran et d’arabesques florales, le Taj MAHAL avait surgi comme un mirage au fond de l’immense jardin au tracé géométrique. Le reflet de ce monumental tombeau dans le plan d’eau qui s’étendait depuis la plateforme, en accroissait encore la splendeur.
Ce qui m’a semblé très curieux dans ce voyage a été mon incapacité à croire que l’Inde est une des plus grandes puissances économiques mondiales qui d’après les prévisions des économistes dépassera bientôt la Chine.Lorsque je suis allé en Chine en l’an 2000 ma perception avait été totalement différente. Tout me montrait le développement extrêmement rapide de ce pays en plein essor économique. L’effervescente activité dans le centre des grandes villes dans lesquelles les immeubles en construction poussaient comme des champignons, les ouvriers travaillant jour et nuit sur les chantiers, en témoignaient. L’image que je garde en mémoire de mon bref séjour en Chine est celle d’un immense chantier dans lequel les ouvriers, tels des fourmis, travaillent inlassablement. A contrario, ma perception de l’Inde est celle d’un pays dans lequel la plupart des gens font preuve d’une rare indolence et semble n’avoir pas grand-chose à faire. Il est évident que cette perception ne reflète pas la réalité car la vision du pays à travers le prisme des visites organisées que nous avons faites pendant notre séjour a forcément travesti la réalité. Bien que très sensuels les hindoues sont des gens très pudiques et très prudes. C’est difficile à croire quand on sait que leur civilisation est à l’origine du Kama sutra et des sculptures érotiques des temples de Khajuraho. Il est vrai que la tradition tantrique médiévale a quasiment disparue de l’Inde au XIIIème siècle du fait des invasions islamiques.
Il est incontestable quel’islam a apporté avec lui en Inde un changement radical du rapport à la sexualité. Bien qu’actuellement cela commence à changer, les relations sexuelles en dehors du mariage sont rarissimes et certains gestes de manifestations amoureuses comme se donner la main en public ou, pire échanger un baiser sont totalement proscrits. Encore à notre époque, les mariages sont « arrangés » par les parents des futurs mariés. Après le mariage, la vie en communauté avec la famille du mari est la règle ce qui n’est pas sans poser de problèmes surtout lorsque c’est la belle-mère qui assure l’intendance de la communauté. Il n’est pas rare de voir la jeune épouse bruler vive devant ses fourneaux, son sari s’enflammant de façon « inexplicable », après un conflit avec sa belle-mère.
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